Dans un contexte où nous savons que les gouvernements ne sont plus que les gérants des corporations mondiales (privées, charitables ou autres), quand arrive un défenseur du peuple issu du 1% tel PKP, il est facile de l’attaquer en l’associant aux prédateurs. Pourtant, il y a une différence majeure entre l’empire Québecor et celui des Desmarais: les intérêts du premier sont clairs, ciblés et transparents (télécommunication/médias), ceux du deuxième sont tentaculaires (pétrole, finance, éducation, santé). Là où le premier a créé un patrimoine national culturel imposant, un investissement colossal, le second asperge un club sélect d’aspirants via ses œuvres charitables qui profitent de nombreux crédits d’impôts payés par les contribuables.

Pendant ce temps, le directeur de l’université Concordia fait un discours au Conseil canadien à propos de l’importance d’enseigner à nos jeunes la micro-philanthropie et le bénévolat. Voilà comment le 1% recrutera ses travailleurs. Maintenant que les filles dominent les universités, on ne parle plus de salaires… De ces jeunes femmes, certaines sont déjà brûlées par cette pompe d’énergies vitales quasi gratuites. L’avenir est aux œuvres de bienfaisance : crédits d’impôts et bénévolat au service du 1%. L’esclavage version 3e millénaire.

Les 7 péchés capitaux et Couillard

Par ses décisions et actions, le premier ministre nous démontre qu’il travaille dans le même esprit que l’empire Desmarais à enrichir une poignée. Les adeptes du désendettement à tout crin voient peut-être en lui une autorité efficace, mais son but n’est pas l’allègement de l’État. Si l’ex-neurochirurgien et ex-membre du SCRS avait tout le talent pour élaguer finement l’état, il a choisi de l’éventrer. Mon prof de psycho nous disait que l’humain a la capacité de canaliser ses bas instincts; si Jack L’Éventreur avait été chirurgien, raillait-il, il n’aurait pas fait de meurtres en série… Couillard vise la privatisation, soit éventrer le peuple pour accroitre les privilèges du 1%.

Thomas D’Aquin serait étonné de voir un élu être porté au pouvoir non pour son esprit, mais grâce à ses bas instincts : paresse spirituelle (ne peut plus défendre l’essence humaine), on devine la gourmandise, l’orgueil, son avarice spécifiquement à l’endroit du peuple, et surtout un très fort attrait pour la privatisation de nos systèmes afin de s’approprier la richesse.

La réalité des petits et des grands

Le très bon article de Francine Pelletier dans Le Devoir met en lumière un problème général de conflit d’intérêts chez PKP-Snyder, mais aussi celui du petit marché québécois. Les éléphants sont toujours mal vus chez nous… « En relation avec PKP depuis 2000, toutes ses (J.Snyder) productions subséquentes auraient dû être disqualifiées ». Mais pourquoi, madame Pelletier, ne réagir qu’aujourd’hui en tant que petite productrice ? Il s’agit pour les libéraux d’une simple prise politique. Ils n’auraient rien changé, n’eût été la « femme de l’autre ». Certes, il y a apparence de conflit d’intérêts, ménage qui devra être fait le temps venu. Mais l’homme est encore loin d’un ministère. Pourquoi le craindre à ce point, sinon parce qu’il entrave les affaires de l’autre empire, l’autre éléphant de qui on ne parle jamais, de peur de représailles ?

Il faut savoir reconnaitre ceux qui travaillent pour l’épanouissement du peuple québécois et ceux qui jouent avec les mots pour nous le faire croire. Dans un contexte où seul un monopole semble pouvoir en contrer un autre, reprocher l’injustice apparemment créée par les Productions J favorise par défaut les vrais prédateurs. Ceux qui prétendent soutenir notre patrimoine alors qu’ils nous dépossèdent de nos vivres en saccageant les structures sous le prétexte de notre épanouissement économique sont heureux lorsque les petits s’entredéchirent sur la place publique.

Reprendre le contrôle de notre richesse

Tandis que le gouvernement Couillard éventre l’État pour qu’on finisse par voir le privé comme une panacée, il se garde bien de protéger les paradis fiscaux et autres dédommagements pour services rendus (P-H. Rousseau à la CDP, Vandal chez Hydro). Les amis ne sont jamais touchés. La famille péquiste dérange précisément ceux qui veulent nous déposséder. C’est bien connu, les gens qui défendent ouvertement les intérêts de leur peuple ne se trouvent pas d’emplois dans les postes stratégiques. À moins de se parjurer.

« Chaque fois que nous sommes témoins d’une injustice et que nous n’agissons pas, nous formons notre caractère à être passif en sa présence. Et nous finissons alors par perdre toute capacité à nous défendre nous-mêmes ainsi que ceux que nous aimons ». Julian Assange

N’est-ce pas plutôt rassurant de voir que les PKP-Snyder ont les réflexes aiguisés pour défendre notre patrimoine ? N’est-ce pas cet instinct de défendre l’essence identitaire qu’ont cautionné les artistes dans cette fameuse lettre que Lysianne Gagnon a peut-être mal lue ? : « ,Mais en 40 ans de journalisme politique, …jamais n’ai-je vu un groupe d’artistes appuyer un politicien avec une telle candeur inconditionnelle » Ils ne sont pas candides, ils ne pensent simplement pas comme vous. « C’est d’une naïveté franchement déconcertante » La naïveté des tenants de la privatisation peut aussi excéder. « Comment peut-on aujourd’hui distinguer Péladeau-le-mécène de Péladeau-le-politicien ? » Il est tout aussi impossible, madame Gagnon, de distinguer le rôle des Desmarais avec leurs multiples tentacules qui infiltrent librement, particulièrement depuis le règne Charest, par leurs fondations, toutes les structures de l’État québécois : la Caisse de Dépôt, Hydro Québec, les hôpitaux et universités et le futur Plan nord.

Madame Gagnon ne comprend pas non plus « … quel besoin avaient Xavier Dolan, Denys Arcand ou Claude Gauthier de s’abaisser au niveau des quémandeurs de subventions ? ». Justement ils disent ce qu’ils pensent. Cette tentative de diminuer tout ce qui évoque l’esprit souverain du peuple démontre le degré d’embrigadement de certains journalistes dont la profession devrait reposer sur la liberté de pensée. On démonise ce que l’on craint, on intimide lorsqu’on a peur; même André Pratt a durci le ton pour planter de force dans la tête des lecteurs la pensée « Gesca ». Nous sommes bien loin du journalisme. Madame Gagnon nous alerte que quiconque donne un appui apparent à la souveraineté sera nécessairement sali et poursuit la chasse aux sorcières: « Cette lettre prouve l’étendue tentaculaire de l’empire culturel de Québecor et ne fait que renforcer les craintes que suscite la perspective de voir un parti de gouvernement aux mains d’un homme dont l’empire financier exerce un quasi-monopole sur l’activité culturelle du Québec ». Le support des artistes démontre justement qu’ils savent faire la différence entre les empires. Peut-être est-ce cela qui vous choque ?

Les tentacules de l’empire Desmarais s’étendent jusqu’à la CDP en France (Affaire Desmarais-Dupont) où le penchant pour fraude fut dénoncé. Par ailleurs, Desmarais père a fait de la politique active en ciblant la présidence de Sarkozy. Entre autres, il a pu agir directement sur les élus qui voulaient appuyer la souveraineté du Québec. C’est une ingérence politique anti-démocratique occulte, mais bien réelle. On parle de tentacules lorsque le pouvoir est souterrain comme celui qu’exerce l’empire Desmarais sur toutes, et non sur une seule, des activités du Québec. PKP est positionné clairement dans un secteur, il est transparent et donc facile à attaquer. Les intérêts de l’empire Desmarais sont occultes, ce qui le rend intouchable. Et cette force souterraine séduit souvent ceux qui ont perdu la capacité à défendre l’âme humaine et sa culture, par paresse spirituelle. Si les libéraux étaient moins paresseux, sortiraient de leur bouche d’autres mots qu’« économie ».

7/7

Reste deux péchés capitaux sur sept : la colère et l’envie. Le premier ministre se fâche très fort lorsqu’on s’en prend à son sens éthique élastique. Est-il envieux ? En tout cas, il ne tolère pas la popularité de PKP. Mais au nom de qui sort-il déjà l’artillerie lourde comme si nous étions en plein référendum ? La mafia ne ferait pas mieux : attaquer le patrimoine de l’adversaire, casser les jambes de sa femme (Production J). Avec un PKP chef du PQ, fera-t-on exploser sa voiture, menacera-t-on de s’en prendre à ses enfants ? Si l’adversaire ne plie pas et qu’il devient candidat comme premier ministre, tentera-t-on de l’assassiner comme Pauline Marois ? La grande famille libérale a maintes fois démontré qu’elle peut aller loin parce qu’elle n’a peur de rien. Sauf de céder le pouvoir aux souverainistes. Alors tous les péchés sont permis…